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dernière publication : juin 2009  - 710741 - dans GALAXIES N° 41
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GENEALOGIES

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La recherche généalogique est un étrange voyage dans le temps où des gens meurent, ont ensuite des enfants, se marient pour naître enfin. L’immersion prolongée dans les registres d’état civil permet à l’imagination de suppléer à leur sécheresse administrative. A travers l’énoncé des professions, la déclaration d'un enfant mort-né, les remariages, le témoin présent à tous les mariages, se dessine la vie sociale d’un village. L’histoire, celle qui s’écrit avec un grand " H " pointe rarement le bout de l’oreille. Sauf lorsque le registre des décès, vous gifle en rafale de centaines de noms : les soldats de la Grande Armée venue s’échouer à Phalsbourg en 1813.

Ils étaient journaliers, ouvriers verriers, carriers, vanniers. Des générations de paysans, l’état civil précise fièrement " propriétaire ", d’où s’échappe un jour un instituteur.

A Bronvaux, près de Metz, il s'agissait surtout de vignerons. On a peine à imaginer des rangs de vignes à la place des cités ouvrières alignées dans un paysage où à présent, les usines elles aussi ont disparu !

Et les femmes ? Elles font des enfants, beaucoup, sont souvent couturières mais revendiquent parfois pour elles-mêmes l’état de vigneronne !

Ils n’ont pas beaucoup bougé de leur village, près de Sarreguemines ou de Sarrebourg. On attend en vain l'arrivée d'un étranger pour transfuser un peu de sang neuf à ces lignées où les noms se répètent et se croisent. A peine si l’on note l’apparition d’un trisaïeul venu de Prusse à la fin du dix huitième siècle.

Quand on se rapproche du vingtième siècle, des photographies mettent enfin des visages sur les noms. Les coiffures, les moustaches, les costumes suffisent à les dater. Les uniformes nous replongent dans une histoire où la Moselle était allemande. C’est aussi le temps des lignées interrompues, quelque part à l’est ou tout près de chez soi à la bataille de Sarrebourg en août 1914.

Il faudra pratiquement attendre la seconde moitié du vingtième siècle pour voir enfin les familles se disperser dans toute la France et même plus loin puisque j’ai des cousins en Colombie !

Avec toutefois une exception. Nous imaginons tous volontiers avoir une tante en Amérique. La mienne s’appelait Barbara Muller. Elle est partie là-bas en 1911 avec ses trois enfants : Pierre, Anna et Marie. Et depuis ? Plus aucune nouvelle depuis la fin des années quarante. Il ne restait que quelques photos, et des lettres.

On envoyait des colis, des vêtements chauds aux cousins de France dont le village venait d’être rasé... par les Américains ! On se félicitait que Johnny soit trop jeune pour la guerre. Le fils de Marie s’est arrêté à Hawaï, en partance pour le Japon. Anna écrit tout cela, en allemand bien sûr, derrière le comptoir de son restaurant à Creek-Locks. Ils avaient pourtant gardé leur instinct grégaire ces cousins d’Amérique. A partir d’adresses vieilles de près d’un demi-siècle et grâce au minitel, j'ai réussi à retrouver sa petite fille, la fille de Johnny.

Le fil était renoué, elle m’a répondu en me promettant des nouvelles de là-bas. Mais hélas, rien n’a suivi. Mes lettres de rappel sont revenues avec la mention " returned to sender " et son nom a disparu de l’annuaire. Qu’êtes vous devenue Eileen Maschino de Kingston ? Avez-vous quitté l’état de New-York sans laisser d’adresse, et pourquoi ce silence et ce lien à nouveau rompu ?