Cela m’a renvoyé à ma propre histoire, l’année où maman m’annonça
que j’allais avoir un petit frère.
– Est-ce que je serai obligé de lui donner mes jouets ?
– Lesquels, ton nounours ? C’est toi-même qui l’as rangé au grenier.
Tes copains se moquaient de toi.
C’est vrai, je l’avais gardé trop longtemps au risque d’être ridicule.
Maman m’avait pris par mon point faible, sans pour autant me rassurer.
Mais elle m’avait quand
même trompé. J’en voulais surtout à mon père. C’est sûr qu’il l’avait obligée,
et elle s’était laissé faire, bonne comme elle est. Comment accorder sa
confiance à un homme qui couche avec votre mère ?
J’ai dû faire cette dernière réflexion plus tard, mais je devais le
ressentir ainsi à l’époque.
Une petite sœur, à la rigueur, mais un frère ! Et pourquoi avoir
attendu si longtemps pour refaire la même chose ? À moins qu’ils
n’aient voulu faire mieux, mieux que le brouillon…
Dès que maman revint de la maternité, mes craintes se confirmèrent. Pas à
cause des jouets, bien au contraire. Chaque fois que je voulais lui parler, je
m’entendais répondre :
– Je n’ai pas le temps, on verra ça plus tard… Va jouer dans ta
chambre !
Combien de fois l’ai-je entendu, ce refrain qui me renvoyait, seul au
milieu de mes beaux jouets.
J’ai bien essayé d’être malade, mais on me répliquait :
– Ça tombe bien, le docteur doit venir pour ton frère, il s’occupera
de toi après.
Pas avant, mais après, tu saisis la nuance.
Quand il venait du monde à la maison, on s’agglutinait autour du
berceau : mon oncle, ma tante, et même ma grande cousine, celle qui
m’avait appris à rouler en vélo. Moi je rongeais mon frein, dans le coin, près
de la porte-fenêtre de la terrasse.
– Tiens, te voilà toi, pourquoi n’es-tu pas dans ta
chambre ? -»
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