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Le Bar des
Afrancesados
dimanche 23 septembre 2018,
De Raymond Iss, on avait pu apprécier
chez Rivière blanche ses deux recueils de nouvelles, La Bulle d’éternité et Les Gardes Rêves. Le Bar des Afrancesados est
pour sa part un roman, placé dans le genre de l’uchronie. On y découvre
progressivement un univers différent du nôtre par la base, à travers l’itinéraire
de vie de Maïté, une jeune femme basque. Le pays basque des sept provinces y est en effet un Etat indépendant,
et Maïté une patriote convaincue, danseuse et chanteuse douée, appelée à
participer à certaines commémorations mémorielles. Elle noue une relation avec
Esteben, jeune homme de bonne famille qui doute davantage qu’elle du discours
officiel, et contourne en partie la censure existant quant à l’Internet et à la
littérature française. Lorsqu’il est mobilisé pour lutter contre les
terroristes d’une Navarre libre, Maïté noue une relation parallèle avec Gaël,
un breton frère de sa correspondante Nolwenn. Esteben, gravement blessé, et désormais
lourdement handicapé, rompt finalement ses fiançailles avec Maïté, ce qui
permet à cette dernière de se marier avec Gaël, au prix de la rupture avec une
bonne partie de sa famille, de ses amis et de son pays natal. La réalité qu’elle
découvre dans une Bretagne elle aussi indépendante n’est toutefois guère
meilleure que son Euskadi : l’avortement et la contraception y sont
interdits, l’usage de prénoms autres que d’origine celtique drastiquement contrôlé,
et des zones franches voient l’exploitation forcenée d’une main d’œuvre livrée
aux appétits chinois, ces mêmes Chinois qui possèdent une concession en plein cœur
de Bayonne ! La vie devient un véritable cauchemar lorsque Gaël est muté
en Alsace indépendante : cette fois, Maïté et son fils Yann ne parviennent
pas à s’intégrer, et ce n’est qu’en déménageant sur Paris que le trio
parviendra à trouver – enfin ! – un havre de paix. Maïté y sera également
confrontée à des révélations capitales (sic) sur sa famille et sur les
mythologies nationales… Raymond Iss, dans Le Bar des Afrancesados,
propose une forme de réplique involontaire aux Chroniques Sarrasines de
Jacques Boireau. Ce dernier, dans le sillage des luttes post-68, imaginait en
effet une France alternative, où le régionalisme aurait triomphé, sous la
houlette d’un islam éclairé, revanche d’un sud se considérant comme opprimé. A
l’inverse, dans un contexte tout autre, celui d’un retour des nationalismes et
de la tentation du repli passant par l’éclatement des Etats nations installés,
Raymond Iss cherche à montrer que l’existence d’Etat régionaux, identitaires,
ne constituerait pas nécessairement une issue plus progressiste et plus émancipatrice.
Au contraire, puisque cette logique de la séparation et de l’identification à
un supposé même conduit, dans le roman, d’une part à une multiplicité interne
des langues régionales annihilant toute possibilité d’immigration positive, d’autre
part à des implosions sous forme de guerres civiles, comme en Corse. Ce
faisant, il nous invite également à réfléchir à la polysémie de ce terme à géométrie
variable qu’est celui de terroriste… Le parallèle qui est fait entre cette
Europe et l’Afrique post-coloniale explique la fragilité d’un continent soumis
aux appétits économiques chinois. Ecrit d’une plume fluide et simple, Le Bar des afrancesados –
rappel d’une réalité historique que nous vous laissons découvrir – est une réflexion
intéressante sur notre monde actuel, un rejet de l’intolérance à l’égard de l’autre
et une condamnation franche et nette des tentations communautaires, encouragées
par la complicité de l’Union européenne (jusqu’à la caricature, comme pour les
espaces de lapidation évoqués dans le roman).
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