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LA BULLE D'ETERNITE samedi 18 mai 2013, par
Raymond Iss est ce que Stéphanie
Nicot dans sa préface qualifie fort justement de « petit maître », un
de ces auteurs plutôt discrets, qui trace son chemin avec assurance -il a été
publié dans Fiction, Galaxies et Imagine-, tout en
demeurant exclusivement un nouvelliste. La Bulle d’éternité est un recueil assez
large, qui recouvre près de trois décennies d’activité à travers seize textes,
dont six sont inédits. Parmi les thèmes de prédilection de
Raymond Iss, le voyage temporel occupe une place non négligeable. A commencer
par le récit éponyme, séduisante variation de L’Invention de Morel, puisqu’un fonctionnaire d’un
avenir visiblement en proie à la surpopulation fait le choix de s’enfuir dans
le souvenir d’un temps plus serein, au cœur de la joie sincère et légère d’une
famille. « Un
temps de chien » est plus anecdotique, cette histoire
de déplacements temporels balbutiants conduisant à l’incorporation dans notre
présent d’un chien du futur n’étant qu’une déclinaison de cette méfiance
souvent salutaire vis-à-vis des risques portés par la science. « C’est quand, l’Amérique ? » se
révèle autrement plus frappant, à travers son évocation de voyageurs temporels
qui s’opposent en pleine veille de Révolution, évocation qui gagne beaucoup à être
conduite par des individus du XIXe siècle, avec toutes les limites de leur
raisonnement. Sympathique, « Erreur d’aiguillage » propose
un mode de voyage dans le temps -le train- qui mériterait d’être plus largement
développé, consistant à aller observer des batailles célèbres, mais qui connaît
un problème d’orientation ; Raymond Iss privilégiant souvent un certain
flou marginal dans la résolution de ses intrigues, on ne peut que supputer sur
la destination réelle des voyageurs (une gare de Pologne occupée, plus qu’un
camp d’extermination qui ne pouvait pas encore exister en 1941). Sur une thématique
extrêmement proche, on lui préfèrera « Les beaux voyages de l’oncle Paul »,
qui vaut à la fois par son tableau impressionniste d’un avenir post
apocalyptique et par son final, touchant et intrigant par le parallèle qu’il
semble tracer entre individus séparés par un gouffre de temps. « La traque » est
encore plus intéressante, grâce à son personnage d’immortel né à la fin du XIVe
siècle, et qui s’efforce de survivre sans attirer l’attention des autres
humains sur sa particularité, jusqu’à en faire un sujet de fiction ; une
mise en abyme qui entrait en résonnance avec une des tendances des années 80,
celle de la métatextualité, et qui allait connaître par la suite une extension
marquée. Il en est d’ailleurs de même pour « Cassiopée »,
un inédit qui se penche sur des extra-terrestres échoués sur Terre, mais sur le
fil du rasoir, le narrateur pouvant aussi bien passer pour l’un d’entre eux que
pour être carrément fou, faisant de la misère sociale une altérité radicale. On
retrouve le thème de l’immortalité dans « Machevigne », ou l’idée d’une feuille
de vigne génétiquement modifiée devenant par là même pourvoyeuse d’une espérance
de vie supplémentaire : amusant et trop peu sérieux. « Boomerang »,
autre inédit, est plus baroque, et dans cette nouvelle délirante, on discerne
des messages pseudo divins tournés en dérision. Autre thème classique, celui de
la chute de la civilisation dans la barbarie, décrit dans le bien nommé « Ténèbres »,
qui voit un ancien universitaire assister à la déliquescence de la culture et à
l’émergence de nouveaux seigneurs de la guerre. « La fenêtre d’orient » est
autrement plus consistant et prenant, qui imagine, au lendemain d’un cataclysme
profond, une civilisation nord-américaine (le Niurk du récit ressemble d’ailleurs
fort à un hommage à Stefan Wul) ayant implanté une colonie en
Europe redécouverte, et qui est très loin de célébrer les explorateurs les plus
hardis… Sa structure hachée donne un surcroît d’intérêt à un texte certes guère
original sur le fond, mais habilement traité. « Le rat », datant du milieu des années 80, donne l’impression d’appartenir
au courant le plus militant de la science-fiction française, avec ses jeunes étudiants
libertins qui se retrouvent entraînés par des militaires, comme une métaphore
de l’existence moutonnière de la majorité des individus, menés par la férule de
l’Etat, et dont les éléments les plus solides sont ensuite récupérés pour
servir ce Moloch contemporain. De cette tendance engagée, la nouvelle la plus
marquante est « L’ambassadeur », métaphore de la guerre froide
entre deux puissances de l’ouest et de l’est, qui voit un ambassadeur
occidental aborder les rivages d’un pays neutre, archipel où la vie est
paisible, la notion de divinité totalement disparue, la longévité accrue et l’harmonie
anarchiste parfaite. Utopique, certes, mais tellement agréable ! « Soldats de lumière »en
est son pendant pour le camp opposé, avec la mise en place d’une société
puritaine, à la fois théocratique et totalitaire, qui finira terrassée par une
arme inattendue, celle du cinéma : jolie réflexion de plus sur le pouvoir
de l’image et de l’imaginaire. « La résidence », bien que décrivant une
prison de haute technologie dont l’horreur réside justement dans son caractère
aseptisé, ne marque pas suffisamment, surtout en raison de sa fin plutôt bâclée.
Enfin, « La
citadelle et le continent » est sans nul doute le
texte le plus vaporeux, le plus énigmatique de tous, |